Asie / Thaïlande / Voyage

10 jours dans un monastère, retraite de méditation vipassana

Au moins depuis mon départ presque un an plus tôt, j’avais l’idée de faire une retraite de méditation. J’avais trouvé dhamma.org qui a des centres partout dans le monde, surtout en Inde. Mais pour ceux en Thaïlande (6), je m’y suis pris un peu tard et tous étaient pleins pour mes dispos.

Au monastère Wat Ram Poeng, quiconque intéressé peut venir à peu près quand il le souhaite pour une retraite de dix jours à six semaines (durée recommandée : 26 jours). Y résident donc avec les moines et nones des étudiants étrangers et thaïlandais. La technique de méditation pratiquée est Vipassana : inspection – pleine conscience.

Quelques photos du lieu :

J’y arrive le 20 janvier 2015 au matin et me rend au bureau des étudiants étrangers où j’étais déjà venu me renseigner quatre jours plus tôt auprès du moine en charge, Phra Chaibodin. Il y a déjà quelques arrivants remplissant les papiers ou récupérant leur draps, au final on sera un quinzaine à arriver ce jour-ci (il doit y avoir une petite dizaine de déjà présents). Chaibodin nous rappel les règles, dont :

Les huit préceptes :

  • Je m’abstiendrai de nuire à la vie d’autrui. – Bon j’ai du claquer 2-3 moustiques et surement écrasé et noyé des fourmis.
  • Je m’abstiendrai de voler.
  • Je m’abstiendrai de toute pratique sexuelle.
  • Je m’abstiendrai de paroles mensongères.
  • Je m’abstiendrai de consommer de l’alcool et quel intoxicant que ce soit.
  • Je m’abstiendrai de manger après midi. – Seul les yaourts nature sont acceptables.
  • Je m’abstiendrai de musique, de chant, de danse, de fleurs, bijoux et autres parures.
  • Je m’abstiendrai de places hautes et de places nobles.

Et puis :

  • Porter des habits blancs sous-vêtements compris, même la nuit. On peut quand même déroger pour chaussettes, bonnet et sweat.
  • Ne pas pratiquer autre chose que la méditation enseignée.
  • Pas d’appareils électroniques – sauf minuteur et montre digitale.
  • Pas de lecture ni écriture.
  • Ne pas sociabiliser, discuter de son expérience méditative etc : ne pas parler et ne pas regarder les autres dans les yeux (sauf bien sûr les enseignants). Certains ne respectent pas cette règle bien difficile mais je m’y tiens.

Absolument pas une règle, mais je me rase barbe et crâne deux jours plus tôt, plutôt pour voir ce que ça fait. Réponse : bizarre.

Le tout est donc fait pour que nous soyons au plus dans la pratique, en pleine conscience à tous moments même lorsqu’on ne médite pas – que ce soit en mangeant, se brossant les dents, s’habillant, marchant lentement en gardant le regard bas,…

Nous sommes installés chacun dans une chambre avec salle de bain intégrée, plutôt pas mal, je m’attendais à plus rustique. Les habitations sont dans le monastère, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre.

Après lui avoir confié tous nos appareils électroniques et livres, Chaibodin nous fait visiter et nous explique la vie au monastère. C’est l’heure du déjeuner donc on commence par le réfectoire où c’est self-service, avec deux parties, végétarienne ou non. Même si ça semble contradictoire avec le premier précepte (ne pas tuer), les moines peuvent manger de la viande dans le bouddhisme theravada – contrairement au mahayana (comme au Viêt Nam). Les hommes s’assoient d’une part et les femmes de l’autres, autour de petites tables rondes. Les moines eux mangent ailleurs (quelques-uns viennent quand même au petit-déj). Prosternation devant l’autel et chants de contemplation de la nourriture en Pali (ancienne langue indo-européenne, liturgique au theravada) puis thaïlandais. Et le festin peut commencer.

Mais à ce moment là j’étais déjà dans ma chambre pour une petite sieste – je m’étais levé tôt – car j’avais entamé un jeûne deux jours plus tôt et prévu pour au moins 10 autres (pour détoxification). Ca faisait quelques temps que j’avais cette idée et l’occasion me semblais bonne : occupé toute la journée, sans liens sociaux, éviter de chanter deux fois par jour, … J’irais quand même au petit-déj le dernier jour une heure avant de partir pour boire le bouillon de la soupe de champignons mais je n’en prendrais que quelques cuillères car trop salé et épicé. Photos prises discrètos :

Notre visite guidée fini, on reçoit de premières instructions de méditation dans la bibliothèque, là où on passera des heures et des heures. Il y a deux types de méditations à alterner : assise aux yeux fermés, et en marchant les yeux baissés et faisant des aller-retours par lents pas d’une vingtaine de centimètres.

On enchaîne par une cérémonie d’ouverture dirigée par l’abbé du monastère, Phra Ajahn Suphan. Nous répétons en Pali après son assistant les textes : l’hommage au triple gem (Buddha, Dhamma (enseignements) et Sangha (communauté)), la demande des trois refuges et des huit préceptes, la prise des trois refuges, et la prise des huit préceptes.

On fini la journée par une petite heure de méditation avant d’aller se coucher à 22h.

Je faisais chaque jour en général entre 10 et 11 heures de méditation – c’est à nous de les inclure comme on veut de la journée. Voici à quoi une journée ressemblait :

  • Levé à 4h au son de la cloche. Bon après 3-4 jours je reste au lit un peu plus longtemps. En plus il caille à cette heure-ci.
  • Pratique.
  • 6h30, cloche du petit-déj qui leur prend 30 à 40 minutes (soit personne n’y parle mais faut bien attendre que tout le monde soit servi et chanter). En attendant je fais ma lessive.
  • Douche, nettoyage de chambre et balayage des feuilles dehors, arrosage des plantes,…
  • Pratique.
  • 10h30 ou 11h, cloche du déjeuner.
  • Pratique.
  • Entre 3 et 5h, on peut aller s’entretenir personnellement avec un enseignant – l’abbé Phra Ajahn Suphan ou un moine hollandais. C’est l’occasion de faire son rapport, de poser ses questions. A la fin ils nous donnent un objectif pour le jour suivant : un objectif de nombre d’heures et la durée des sessions assises / en marchant (je commencerais à 20 minutes pour finir à 50). Au cas par cas, ils font aussi évoluer les instructions – principalement les objets (type respiration, sensation physique) sur lesquels poser l’attention.
  • Pratique.
  • Et couché 22h, je table plutôt sur de 20h30 – 21h. Et inclus des petites siestes par ci par là dans la journée, affaibli par le jeûne.

Journée spéciale de 23 janvier : c’est l’anniversaire de Phra Ajahn Suphan qui a genre 92 ans. Alors y’a pleins de visiteurs qui viennent lui souhaiter et faire des donations (pour lui ou pour construire un nouveau bâtiment de méditation et de réfectoire), lui distribue des cadeaux (une photo de lui, un livret de ses écrits et un polo). Et surtout pleins de stands de bouffe et boissons se déploient, j’y fais un tour pour le plaisir des yeux et des narines. Des pad thaï, soupes de nouilles, riz gluant, viande haché, frites d’aubergine et de patates douces, fruits frais, roti (sorte de crêpes indienne), salades de papaye,… Tout ça gratos, je me serais vraiment fait plaisir si je n’étais pas en jeûne. Chaibodin nous laisse récupérer nos appareils photos, en voici quelques unes, suivies de certaines récupérées sur la page Facebook du Wat :

 

Au final, j’aurais médité 84 heures. Le premier jour ne comptait qu’une heure, et le dernier je n’ai pas médité plus d’une heure. En plus du ménage et de ma préparation au départ, à la cérémonie de fermeture (similaire à celle d’ouverture), c’est surtout par flemme et envie d’autre chose que j’ai dérogé. J’ai tout de même profité du contexte tranquille et hors de l’agitation pour aussi un peu de repos et de réflexion sur les jours précédents.

Comme prévu je suis passé par des hauts, milieux et bas, arrivant à me concentrer plus ou moins, l’esprit agité ou paisible. Par exemple les second et troisième jours, j’étais frustré et en doute : de ne pas voir de progrès, de me demander ce que j’étais entrain de faire ici, si j’en tirerais quoi que ce soit. J’avais trop d’attentes. Les entretiens avec les moines étaient bien utiles, pouvant ôter doutes, comprendre, recentrer, encourager,…

J’ai aussi eu des épisodes sans arriver à m’enlever la nourriture de la tête : celle dont l’odeur m’arrive aux narines venant de la cuisine à une centaine de mètres, celle que je mangerais en sortant, inventant des recettes plus ou moins saines, me disant qu’il faut que je demande à mon pote Aurélien de me ramener un camembert la semaine suivante en Birmanie, et ayant des réminiscences de raclettes, pizzas, steaks, tartiflettes, tajines,…

Même si je suis loin de me voir dans ces conditions plus de deux semaines ou un mois, je suis content d’avoir pu résister aux tentations de discuter avec les autres, de manger, de fumer, d’être privé de divertissements. J’en sors rafraîchi, léger. Je renouvellerais l’expérience, surement dans un centre dhamma.org (plus strict de ce qu’on m’en dit – que de la méditation assise – sans rapport à la religion – vraiment végétarien), mais je vais au moins laisser passer 6-12 mois.

Le jeûne

Le 30 janvier, je retourne dans le centre ville de Chiang Mai et après 11 jours à ne boire que de l’eau, je commence à mettre fin à mon jeûne avec des jus 100% de fruits frais dilués dans de l’eau. Demain après-midi je reprends avec des fruits, surement une pastèque. Le processus prendra au moins quatre jours pour revenir à une alimentation normale (en essayant de continuer sainement et de limiter les excès). Idéalement l’ordre de reprise : jus de fruits, fruits riches en eau, fruits fibreux, yaourts, soupes, légumes, crudités, riz, haricots, fruits à coque, œufs, viandes et le reste.

Contre mon attente, les premiers jours n’étaient pas si difficiles que ça, peut-être car déterminé. J’ai eu une période durant laquelle je sentais un affaiblissement, j’ai commencé à plus dormir. Ensuite ça m’a un peu occupé en méditant (comme dit plus haut), mais c’était plus des envies gourmandes que de la faim physique. En tous cas aujourd’hui je ne manque pas d’énergie (je suis même allé au yoga ce soir), j’ai l’impression que mon objectif de nettoyage et repos du système digestif est atteint. Si j’ai l’occase au futur, j’aimerais bien tenter les 30 jours.

21_WatRamPoeng

Dernier jour, avec Phra Chaibodin

Mise à jour : Le lendemain, quatre autre étudiants arrivent dans ma guesthouse ! On fait connaissance, debrief de nos expériences. Un a pris une photo de moi en méditation en marchant :

10974192_10205128296102314_5263760882726811393_o